Pierre Bourland est plus connu, en Périgord, pour sa carrière et son engagement politique – il fut secrétaire départemental du RPR de 1978 à 1998 et un fidèle compagnon d’Yves Guéna – que pour son parcours dans la Résistance.
Pierre, fils d’Albert, cadre aux usines de chaussures Georges (plus tard usines Aster) et de Andréa Magne, est né le 28 juin 1921 à Saint-Germain-du-Salembre (Dordogne). Le 1er juin 1942, après avoir effectué son stage obligatoire de huit mois dans les Chantiers de la jeunesse (Groupement n°29 « Maréchal Bugeaud ») à Axat (Aude), il retrouve la demeure familiale et travaille, dans son village natal, comme contremaître à l’usine de chaussures Georges.
Le 12 mars 1943, étant requis pour le STO, il est envoyé dans la capitale autrichienne, Wien, pour travailler dans une usine de chaussures. Bénéficiant d’une permission qu’il passe en famille, il décide le 16 août 1943, de rejoindre la clandestinité. Albert, son père qui ne cache pas son opposition au gouvernement de Vichy et qui, sur dénonciation d’un collaborateur, est interné, du 25 janvier au 19 juin 1941, au camp de Saint Paul d'Eyjaux, près de Limoges, pour avoir traité le maréchal Pétain de « vieille baderne », est en contact avec les primo-résistants, notamment Roland Clee. Par ce biais, Pierre apprend l’existence d’un maquis dans la région de Sainte-Alvère qu’il est l’un des tout premiers à rejoindre. Devenu Pierrot, nommé sergent par Marc Goldman, dit "Mireille", il est de l’équipe qui, le 25 septembre 1943 parvient à piller les magasins d’un camp de jeunesse à Barbaste, en Lot-et-Garonne. « En raison de ma profession, déclare-t-il le 6 novembre 1943 à Georges Giraud, inspecteur de police à la 20e Brigade de la Sureté à Limoges, j’étais occupé avec mon ami Rongiéras à la réparation des chaussures des hommes du camp ».
Suite à l’interception, près de Mortemart, d'un camion et de six maquisards, de l’attaque de l’école des cadres de l’AS de la Jarthe et de celle visant le camp de Durestal à Cendrieux par les forces vichystes le 20 octobre 1943, obligeant le maquis à se disperser, Pierre et une partie de ses camarades se replient, après avoir cantonné au Tauriac près de Neuvic sur l'Isle, aux environs de Saint-Vincent-de-Connezac, au lieu-dit Le Maine-du-Puy, non loin de sa terre natale.
Le 3 novembre 1943, lors de l’opération de ratissage menée, sur dénonciation, par les GMR, Pierre, avec ses camarades Georges Bloch, Alain du Périer de Larsan, et Louis Delhorbe, Pierre Bourland, tentent de négocier le départ des GMR, comme précédemment, le 20 octobre 1943, à Sainte Alvère. Mais les soldats géorgiens, déserteurs de la Wehrmacht, qui les avaient rejoints vers la mi octobre, ayant ouvert le feu, la tentative de médiation échoue. Pierre fait partie des trente-deux hommes faits prisonniers, dont cinq Géorgiens qui, remis aux Allemands, sont fusillés le 10 décembre suivant.
Interné à Périgueux, puis à Limoges où il est traduit devant le tribunal et jugé par la Section spéciale qui le condamne, le 7 février 1944, à 600 francs d’amende et six mois de prison pour atteinte à la sureté de l’Etat, Pierre est transféré à la maison centrale d'Eysses où il arrive le 9 février 1944 et écroué sous le n°3 199. Ayant commencé à subir sa peine le 2 novembre 1943, il est libéré le 3 mai 1943 et assigné à résidence à Saint-Germain-du-Salembre. Contraint de travailler à la base militaire de Saint- Astier au service des Allemands, Pierre parvient à s’enfuir et à rejoindre le maquis le 10 mai 1944 comme agent de liaison du groupe Roland, alors aux abords de Mensignac. Pierre, comme l’atteste Roland Clee, « dès le 6 juin, participe à l’interdiction routière et ferroviaire (voies ferrées de Périgueux à Bordeaux et de Mussidan à Ribérac) ». Pierre s’incorpore, avec son groupe, à la compagnie Paul-Henri et participe, avec cette compagnie, aux combats d’Espinasse le 27 juillet 1944, de la Croix d fer à Saint-Astier. Le département libéré, au sein du groupe Roland, intégré ensuite au 2e bataillon de la brigade Rac, Pierre prend part à toutes les opérations du front de l’Atlantique, notamment à la libération de Marennes, de Royan où il obtient des citations élogieuses et la croix de guerre avec étoiles de bronze et d’argent et de l’île d’Oléron.
Engagé volontaire pour la durée de la guerre en octobre 1944, il est promu sergent-chef le 1er juin 1945 et démobilisé le 30 octobre 1945.
Pierre Bourland qui, après-guerre, reprend son travail à l’usine de chaussures, est titulaire de la médaille de la Résistance française (décret du 3 août 1946), de la Médaille militaire (décret du 17 avril 1949), reconnu Interné résistant (décision du 21 février 1951), nommé Chevalier de la Légion d’honneur (décret du 26 décembre 1969) et promu officier (décret du 31 décembre 1993), reste très impliqué de la vie politique de la Dordogne, au service du gaullisme et, en particulier, d’un grand résistant, Yves Guéna.