Né de père inconnu et de Julie Rosalie Paget, domestique, Fernand Paget voit le jour à Avignon le 13 novembre 1906. Pupille de l’Assistance publique, il est confié à une famille d’agriculteurs de Montfavet (84). Après avoir été domestique, il devient infirmier à l’hôpital psychiatrique de Montdevergues à Montfavet.
En 1936, il adhère au Parti communiste et exerce les fonctions de trésorier de la cellule de Montfavet. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est mobilisé dans la 15e section d’infirmiers militaires jusqu’en juillet 1940. Très vite, dès le mois d’octobre, il décide de reprendre ses activités au sein du Parti communiste, désormais clandestin.
À la suite d’une surveillance accrue des services de la police spéciale d’Avignon, deux militants, Jean Gonnet et Fernand Melve, sont arrêtés à Avignon dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1941, alors qu’ils s’apprêtaient à distribuer des tracts. Des investigations plus poussées sont alors effectuées par la 9e brigade régionale de police mobile de Marseille. À la suite de plusieurs perquisitions et interrogatoires de militants, Fernand Paget est arrêté le 2 mai 1941 sur son lieu de travail et écroué le 3 mai à la maison d’arrêt Sainte-Anne d’Avignon.
Avec quatorze autres membres de son groupe, il est accusé d’avoir, à Avignon et dans la région vauclusienne, fait circuler, distribué et stocké des tracts et du matériel de diffusion de « propagande communiste ». Il est incarcéré le 9 septembre 1941 à la prison militaire du fort Saint-Nicolas de Marseille pour être traduit devant la section spéciale du tribunal militaire permanent de la 15e division militaire les 24 et 25 septembre 1941.
À l’issue du procès, il est condamné à cinq ans d’emprisonnement, 1 000 francs d’amende et cinq ans d’interdiction de ses droits civils, civiques et familiaux. Deux jours après son jugement, il est incarcéré à la prison Saint-Pierre de Marseille avant d’être transféré à la maison centrale de Nîmes le 15 novembre 1941 pour y purger sa peine. Il y reçoit le matricule 9 720.
Presque deux ans plus tard, le 15 octobre 1943, il est envoyé avec 150 détenus à la centrale d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot, où il reçoit le numéro d’écrou 2 478. Affecté à l’infirmerie de la centrale, Fernand Paget participe, sous les commandements d’Alphonse Kienzler et d’Henri Neveu, à l’action des 9, 10 et 11 décembre 1943 visant à empêcher la livraison aux Allemands de 109 internés administratifs de la centrale. Il se montre également très actif lors de la tentative d’évasion collective des 19 et 20 février 1944, organisée en vue de rejoindre la Résistance extérieure.
Le 30 mai 1944, les 1 200 internés d’Eysses, dont Fernand Paget, sont remis à la division SS Das Reich et dirigés vers le camp d’internement de Compiègne-Royallieu. Ils en repartent le 18 juin 1944 pour le camp de Dachau, où ils arrivent le 20 juin. Après trois semaines passées dans le bloc de quarantaine, Fernand Paget, immatriculé 73 818, rejoint début juillet 1944 le kommando d’Allach, comme 80 % des Eyssois. Durant des journées de travail de douze heures, réduit à l’état de forçat, il est employé par l’usine BMW à la fabrication de pièces pour l’aviation et les fusées V1 et V2. Le 30 avril 1945, le kommando d’Allach est libéré par les Américains, mais Fernand Paget doit encore attendre avant d’être rapatrié en France. Dans la crainte des risques de contamination par les épidémies de typhus et de dysenterie, le kommando d’Allach est immédiatement placé en quarantaine, et les déportés confinés à l’intérieur du camp. Le 23 mai 1945, par train sanitaire, il quitte enfin le camp pour la France et passe par le centre de rapatriement de Mulhouse, où il séjourne jusqu’au 29 mai, avant de retrouver les siens à Montfavet.
Après plusieurs demandes d’attribution du titre de déporté résistant restées vaines, Fernand Paget obtient ce titre seulement en juin 1984. Il décède neuf ans plus tard, le 13 novembre 1993, à Villeneuve-lès-Avignon.