Alphonse KIENZLER
Association Eysses
  • Informations
    • Nom : KIENZLER
    • Prénom(s) : Alphonse
  • Etat civil
    • Date de naissance : 01/04/1923
    • Ville de naissance : Mulhouse
    • Département de naissance : Haut-Rhin
    • Pays de naissance : France
    • Profession avant guerre :
      - étudiant
    • Date de décès : 26/12/1995
    • Lieu de décès : Tourettes-sur-Loup (Alpes-Maritimes)
  • Arrestation et condamnation
    • Date d'arrestation : 5/9/1942
    • Lieu d'arrestation : Montluçon
    • Département d'arrestation : Allier
    • Parcours carcéral :
      - Montluçon
      - Clermont-Ferrand
      - Lyon (Saint-Paul)
      - Eysses
      - Blois
      - Compiègne
  • Eysses
    • Numéro d'écrou à Eysses : 535
    • Motif de la levée d'écrou : Remis aux autorités allemandes
    • Date de la levée d'écrou : 30/05/1944
  • Déportation
    • Déporté
    • Lieu de départ : Compiègne
    • Date de départ : 02/07/1944
    • Parcours concentrationnaire :
      - Dachau
      - Neckarelz (Kdo Natzweiler)
      - Munchen-Riem (Kdo Dachau)
      - Stutthof
    • Matricule : 77749
    • Situation en 1945 : Libéré
    • Date : 12/03/1945
    • Lieu : Stutthof
  • Reconnaissance
    • Statut : Déporté résistant
    • Médaille de la Résistance
    • Médaille de la Résistance avec rosette
    • Date du décret MRF : 15/05/1946

Alphonse KIENZLER

Par : Bertrand Merle

Alphonse Kienzler est né à Mulhouse le 1er avril 1923. Il est le fils d’Emile Kienzler, médecin, conseiller municipal sous l’étiquette SFIO (1929-1965), conseiller général (1958-1964), et de Louise, née Fleck, dont la famille est originaire de Colmar. Le jeune adolescent est envoyé au collège catholique Stanislas à Paris à la fin des années 1930 où il passe le premier bac. Lorsque la guerre est déclarée en septembre 1939, il rentre en Alsace. Mulhouse ne fait pas partie de la zone évacuée, mais lorsque débutent les combats de mai 1940, il se réfugie néanmoins avec sa mère ainsi qu’une sœur à Lauzun (Lot-et-Garonne). De nombreux évacués de communes situées dans la bande rhénane du Haut-Rhin sont dans ce département depuis l’automne 1939. Mais à l’été 1940, la population déplacée rentre en Alsace désormais annexée de fait par le IIIe Reich.

Alphonse Kienzler rentre aussi à Mulhouse, est inscrit au lycée de garçons, passe l’Abitur (baccalauréat allemand). C’est à cette période qu’il fait ses premiers pas dans la résistance. Il participe à des filières d’évasion de prisonniers de guerre français nombreuses à Mulhouse. Il décide ensuite de rejoindre Clermont-Ferrand où s’est repliée l’université de Strasbourg. Il s’évade d’Alsace en juin 1941 avec l’accord de son père qui  le met en contact avec une filière qui mène en Suisse via un passage dans le Sundgau. Son nom figure dans les archives helvétiques. Il est tout d’abord emprisonné à la prison du Lohnhof près de Bâle, procédure normale, puis est expulsé en France via Annemasse, en zone libre à l’époque. Il n’a alors qu’un peu plus de 18 ans.

A Clermont, il est inscrit en PCB (physique, chimie, biologie) première marche  des études de médecine. Son entrée dans la résistance locale est datée de décembre 1941 selon sa déclaration. Il devient rapidement chef d’un groupe-franc du mouvement Combat. Il prend le pseudonyme de Kinou. Les activités de ce mouvement dans le milieu étudiant concernent le renseignement, la propagande antinazie mais aussi la constitution d’un dépôt d’explosifs. Plus précisément, Alphonse Kienzler a organisé une filière d’évasion vers l’Espagne, a participé à plusieurs attaques à Clermont et Montluçon et a également aidé ses collègues étudiants.  

C’est dans le cadre d’une action violente qu’il est arrêté le 5 septembre 1942 à Montluçon (Allier). Avec un groupe d’étudiants de l’université strasbourgeoise, il a fait sauter le bureau de placement de travailleurs en Allemagne (voir notamment la fiche Roger Schaeffer). Cet épisode le lie au réseau Mithridate (1er septembre – 4 septembre 1942 comme agent P2, chargé de mission de 3e classe). Il indique avoir été arrêté par deux commissaires de la police de l’Etat français, qu’il existe un témoin, Raymond Jacquot, impliqué dans la même affaire et que les deux commissaires n’ont pas été inquiétés en 1945 après avoir tourné leur veste. Dans ses mémoires, Alphonse Kienzler précise que les arrestations ont eu lieu à la suite de « bavardage d’une comparse ».

Son parcours passe ensuite par les prisons de Montluçon (7 septembre – 15 octobre 1942), de Clermont (15 octobre – 1 mai 1943), Saint-Paul à Lyon (1er mai – 15 octobre). A Clermont, il avait tenté le dimanche 14 février 1943 de s’évader en compagnie d’un camarade de cellule, Edgar Amigas (1919-1945), arrêté dans la même affaire.  Il est condamné par le tribunal d’Etat de Lyon pour « attentat à la sécurité de l’Etat » à sept ans de travaux forcés le 23 septembre, puis transféré à la centrale d’Eysses où il arrive le 15 octobre selon le registre de l’établissement sous le numéro 535. Le préposé a mal écrit son nom, inverse des lettres, et note Keinzler. Il n’a que 20 ans à l’époque.

Il est affecté à l’infirmerie de l’établissement. Lors de la mutinerie du 19 février 1944, il organise les secours, notamment le transport sur les brancards, soigne nombre de ses camarades blessés, se trouve à la tête « d’un groupe de compagnons lorsque la porte du préau 2 a été grande ouverte. ». Lors de la répression qui s’en est suivie, 12 résistants ont été exécutés sur décision du gouvernement de l’Etat français. Un groupe de prisonniers avait en effet été désigné comme otages. Le numéro 19 avait été attribué à Alphonse Kienzler, mis au secret jusqu’à son départ d’Eysses. Non exécuté, il a éprouvé dès lors le sentiment d’être un survivant.

Alphonse Kienzler est remis aux autorités allemandes le 30 mai 1944. Il est déporté au départ de Compiègne le 2 juillet 1944 vers Dachau (Allemagne) dans ce que l’histoire de la période a qualifié de « train de la mort », convoi qui a transité par les gares alsaciennes de Saverne, Strasbourg et Haguenau. La mortalité importante s’explique par le fait que les 22 wagons du convoi ont été surchargés avec probablement près de 100 hommes dans chacun d’entre eux. Sous la forte chaleur, les déportés ont rapidement manqué d’air et succombé en nombre. Dans ses mémoires, Alphonse Kienzler explique comment dans son wagon, le docteur Paul Weil, versaillais dont la famille est d’origine alsacienne, a organisé un roulement afin que chacun puisse respirer de l’air venant de l’extérieur par les orifices. Pas un décès dans ce wagon ! Ce convoi arrive à Dachau le 4 juillet. Selon les historiens, le nombre de morts est compris entre 519 et 984.

Alphonse Kienzler ainsi que le Dr Weil sont envoyés au camp de concentration de Stutthof (Pologne) via Berlin et Dantzig où ils sont affectés au service médical. Kienzler est affecté aux maladies infectieuses, Weil à un laboratoire. Le camp est évacué par les nazis dans le cadre d’une marche forcée en janvier 1945 vers la mer Baltique. Il est ensuite libéré par l’Armée rouge à Putzig (Pologne) le 12 mars 1945. Alphonse Kienzler est atteint de typhus. Il demeure sur place ainsi que Paul Weil pendant près de deux mois pendant lesquels ils œuvrent auprès de la population locale composée principalement de vieillards, de jeunes enfants et de femmes enceintes. Les Soviétiques les remettent ensuite aux autorités Britanniques. Alphonse Kienzler est rapatrié à Paris où il arrive le 14 juin via Bruxelles. Il reprend ensuite ses études de médecine à Paris tout d’abord puis à Strasbourg. Dans ses mémoires il relate qu’il a été autorisé à participer aux examens sous bonne garde pendant son incarcération en Auvergne mais que l’un des professeurs, « vichyste », avait noté une de ses copies de façon à lui faire rater la matière.

Pendant ce temps en Alsace, ses parents ont été confrontés à la Sippenhaft. C’est une ancienne loi allemande réactivée par les nazis. Elle punit le clan (Sippen). Sa mère, Louise, a été détenue pendant six mois au camp de sûreté de Schirmeck en 1942 pour « n’avoir pas su retenir son fils » lors de son départ pour Clermont. Elle ne sera libérée qu’au moment où son frère ainé sera incorporé de force dans l’armée allemande. Son père, Emile, y sera également détenu pour motifs politiques.

Le dossier médical d’Alphonse Kienzler indique qu’il souffre à son retour de nombreuses affections. Il est considéré comme blessé de guerre à compter du 2 juillet 1944. Ses études terminées, il devient médecin angiologue à Mulhouse où il mène également une carrière politique. Il est élu conseiller municipal en 1965 et devient adjoint au maire jusqu’en 1977 sur une liste SFIO. Il a aussi été conseiller général (1976-1988) sous l’étiquette MDSF (Mouvement démocrate socialiste de France) puis UDF (Union pour la démocratie française).

Il meurt le 26 décembre 1995 à Tourrettes-sur-Loup (Alpes-Maritimes). Une rue du Docteur-Alphonse-Kienzler porte son nom à Mulhouse. Si la plaque mentionne ses mandats électifs, elle est muette sur son passé dans la Résistance.

Sources

  • Service historique de la Défense - Vincennes : 16 P 314964
  • Service historique de la Défense - DAVCC Caen : AC 21P 579989
  • Ordre de la Libération - CNMRF : 1O33598
  • Autre(s) source(s) : AFMD Allier. Fiche Kienzler.

Bibliographie

"Témoignages strasbourgeois. De l’université aux camps de concentration", Les belles lettres, 1954.
Alphonse Kienzler, "Souviens-toi, docteur Weil", Editions Prospectives 21, 126 pages, 1992.

Liens externes

Bertrand Merle, "Rue du Docteur-Alphonse-Kienzler", Musée de la résistance en ligne.