Second, mais fils aîné d’une fratrie de sept enfants, José Juan LINARES-DIAZ naît le 8 février 1910 à Albanchez (Almería) et meurt le 8 mars 1995, à 85 ans, sans doute d’une embolie pulmonaire, à Bobigny.
Il commence à travailler tôt, vers l’âge de dix ans, comme commis vendeur, et s’instruit en cours du soir en mécanique. Intelligent et créatif, il aurait pu faire des études d’ingénieur : il dépose même un brevet industriel le 17 août 1938 à Barcelone, puis en France vers 1965, pour un moteur fonctionnant avec de l’eau.
Il épouse Mlle Trujillo à Jerez de la Frontera (Cadix). Leur premier enfant meurt vers l’âge d’un an. Le second, José Juan Linares Trujillo, naît le 27 juillet 1934 ; la troisième, Maria del Carmen Linares, naît le 22 novembre 1936 ; la dernière, Ana Linares, naît le 3 juillet 1939.
Il s’inscrit à l’École militaire de Barcelone, d’où il sort officier, avec le grade de lieutenant (Journal officiel, an I, n° 130, Valence, 31 mai 1937). Il participe à la guerre civile au sein de l’état-major de la 45? division, qui regroupe plusieurs Brigades internationales, comme commandant en chef de la 4? section. Compte tenu de sa formation militaire et du fait que ses deux filles naissent à Barcelone, il prend sans doute part à une grande partie de la bataille de l’Èbre.
Réfugié en France après la défaite, il signe en janvier 1940, à la sous-préfecture de Bagnères-de-Bigorre, son engagement dans l’armée française. Il est convoqué à Tarbes le 2 février pour passer le conseil de révision. La police de l’État français l’arrête et l’envoie au camp d’Argelès-sur-Mer. Avec d’autres internés convertis en main-d’œuvre corvéable, il est requis pour nettoyer le canal d’Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales). De là, il s’enfuit et rejoint Toulouse, où il prend contact avec Joyeux (Joly), chef régional du mouvement Combat. Victor Grobocopatel, membre de la MOI et collègue chez Bréguet Aviation, lui présente Marcel Langer dans les premiers jours du printemps 1942. Marcel Langer a déjà formé un groupe ; apprenant qu’il est ancien chef d’état-major des Brigades internationales, il souhaite immédiatement coopérer avec lui.
Après l’arrestation de Marcel Langer, il rejoint des résistants compatriotes espagnols en Ariège. Dénoncés, ils sont arrêtés, jugés, condamnés aux travaux forcés, emprisonnés à la prison Saint-Michel de Toulouse, puis envoyés à la maison centrale d’Eysses à Villeneuve-sur-Lot, où le gouvernement de l’État français décide, pour des raisons de sécurité, de regrouper les détenus politiques de la zone sud, alors considérés comme plus dangereux que des criminels.
Le 19 février 1944, alors que les Allemands viennent de nommer à la tête de la prison un nouveau directeur, M. Schivo — condamné à mort et exécuté après la Libération — éclate la révolte à laquelle il participe. Elle dure treize heures. Devant les forces supérieures et l’épuisement des munitions, les mutins doivent rendre les armes et libérer leurs gardiens prisonniers. Ils le font contre la promesse solennelle qu’il n’y aura pas de représailles. Cet engagement n’est pas tenu : les miliciens exercent une terrible vengeance. Dans les jours qui suivent le soulèvement, une cour martiale, après simulacre de jugement, condamne à mort douze détenus, exécutés au matin du 23 février 1944. Les détenus demeurés dans la prison sont livrés aux nazis le 30 mai 1944. Les S.S. procèdent à la déportation des 1 200 détenus, transférés vers le camp de concentration de Dachau le 11 juin 1944 ; 400 d’entre eux meurent en déportation.
À Dachau, compte tenu de ses compétences en mécanique et de son travail chez Bréguet Aviation à Toulouse, il est affecté à un groupe d’ouvriers pour les usines d’aviation allemandes. Il continue à saboter les pièces. Surpris par un SS, il manque d’être abattu dans l’atelier et ne doit sa survie qu’à un autre SS, qui conseille à son collègue de le laisser pour « s’amuser de lui » un autre jour. Dans le camp règnent la terreur et la peur de voir son nom tiré « au hasard » pour le peloton d’exécution ou la chambre à gaz. Toutefois, grâce aux colis et aux informations de la Croix-Rouge, à l’organisation entre déportés et à l’aide d’un Allemand qui a pris son père en amitié, il souffre moins de la faim que d’autres prisonniers et ne sort pas décharné du camp.
Il obtient la nationalité française le 22 mars 1966.
Il lutte longtemps pour faire reconnaître ses droits de résistant. Une fois cette reconnaissance obtenue, il aide ses anciens compagnons de résistance et Mme Trujillo à faire valoir leurs droits et à obtenir une pension.
Il est promu officier de la Légion d’honneur en décembre 1984. Deux mois après sa mort, il est informé qu’il figure sur la liste de ceux qui doivent être promus commandeur de la Légion d’honneur. Il aurait été très fier de cet honneur supplémentaire.
Par l’intermédiaire du consulat général d’Espagne à Paris, il obtient le 22 mars 1988 la carte d’officier de la Seconde République espagnole.
Après une vie de lutte contre la dictature et pour la liberté, et de travail pour assurer à sa famille une existence décente, bien que modeste, il meurt, comme il l’a souhaité, dans les bras de sa femme. Il reçoit des obsèques religieuses avec les honneurs rendus par les anciens combattants et déportés, entouré de sa famille.