Gabriel, Paul Lagrange est né le 3 juin 1915 à Pierre-de-Bresse (Saône-et-Loire). Il est le fils de Paul Marius, typographe, et de Marie, Élisabeth Pugeot. Il est le troisième enfant d’une fratrie de six.
Le 15 octobre 1936, il est appelé sous les drapeaux et affecté au 8e bataillon d’ouvriers d’artillerie. Il est libéré le 15 octobre 1938 et se retire à Pierre-de-Bresse où il exerce la profession de monteur-électricien. Rappelé pour une période d’instruction de 21 jours, le 23 mars 1939, au 8e BOA, il est maintenu au corps et le 16 juin 1940, affecté au parc d’artillerie du 24e corps d’armée replié à Savignac-Lédrier (Dordogne). Il est démobilisé le 26 juillet à Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne).
À compter de mars 1942, il commence à résister de manière individuelle, en prêtant main forte aux réfractaires au STO, dans la région de Pierre-de-Bresse, en les aidant à se camoufler et les ravitaillant. À son tour il devient réfractaire au STO et entre au maquis le 3 mai 1943 à Serrières (Saône-et-Loire). Il prend pour alias Lefranc. Il est affecté au maquis FTP des Sans Culottes. Le 15 juillet 1943, à Verzé, il est nommé sergent, faisant fonction de chef de groupe (16 hommes sous son commandement), par Charles Perrin alias Vauban, commandant du maquis. Il procède avec son groupe à des coups de main dans les carrières alentours, pour se procurer des explosifs, et braque nuitamment la mairie de Romanèche-Thorins (Saône-et-Loire) pour récupérer des feuilles de ravitaillement (tickets d’alimentation).
Le 28 août 1943, suite à la dénonciation d’un espion infiltré chez les maquisards, le camp des Sans Culottes est attaqué par les gendarmes de la gendarmerie de Mâcon, appuyés par des GMR, sur la commune de Verzé, au lieudit Vaux-Verzé, qui cernent la ferme du Mont où loge le groupe Lagrange. Après un combat inégal, sept résistants sont faits prisonniers.
Au soir de la bataille, il est conduit à la brigade de gendarmerie de Mâcon où il est molesté par des gendarmes de la brigade de Pontanevaux - c’est un inspecteur de police de Mâcon qui mène l’interrogatoire – puis incarcéré à la maison d’arrêt de Mâcon. Le 26 novembre 1943 il est transféré à la prison Saint Paul à Lyon où le 7 février 1944, il comparait devant la section spéciale près de la Cour d’appel de Lyon pour y être jugé. Il est condamné pour « recel de pneus et de chambres à air frauduleusement soustraits au préjudice de la maison Monet-Goyon, dans un but de subversion sociale » à deux ans de prison, et, pour « détention d’armes et de leurs munitions et ce, sans autorisation ni motifs légitimes » à 5 ans de réclusion. Le 22 février 1944, il est incarcéré à la centrale d’Eysses sous le numéro d’écrou 795.
Le 30 mai 1944, il est remis aux autorités allemandes et transféré à Compiègne d’où il est déporté, le 18 juin, au camp de concentration de Dachau. Arrivé le 20, il loge au Block 19, chambre 3, et est immatriculé 73 619. Du 9 juillet au 31 août 1944, il est affecté au camp de Neuaubing, près de Munich, pour procéder au déblaiement de l’usine Dornier bombardée par les Alliés. Du 1er au 30 septembre 1944, à Dachau, il travaille dans une usine de grenades. Le 1er octobre 1944, il est dirigé sur le kommando d’Augsburg où il est en poste à l’usine Messerschmidt jusqu’au 27 avril 1945 date à laquelle il est libéré suite à l’avance de la 7e armée américaine, mais maintenu au camp suite à une épidémie de typhus. Infecté par la maladie, il est hospitalisé du 15 mai au 2 juin 1945 à l’hôpital de Schwabmünchen. Le 4 juin 1945, il est rapatrié en France, via Paris et l’hôtel du Lutetia. Le 7 juin, il retrouve Pierre-de-Bresse et sa famille. Il épouse Mademoiselle Bon Christiane le 10 mai 1947 à Pierre-de-Bresse. Il aura deux enfants et fera carrière à EDF. Il décède prématurément, le 14 janvier 1968, à Saint-Marcel (Saône-et-Loire), à l’âge de 53 ans.
Lagrange Gabriel est titulaire d’un certificat de validation des services, campagnes et blessures, délivré le 4 avril 1957. Il est reconnu comme déporté résistant, carte n° 1016.24688, pour une période d’internement allant du 28 août 1943 au 17 juin 1944 et de déportation du 18 juin 1944 au 3 juin 1945 et considéré comme blessé le 25 juillet 1944 (en date du 1er mars 1955).
Il est aussi titulaire d’un certificat d’appartenance aux FFI de Saône-et-Loire, camp FTP des Sans Culottes, pour la période du 3 mai au 28 août 1943, en date du 19 mai 1951.
Son grade de sergent a été homologué par la commission ad hoc en date du 25 février 1947 avec prise de rang le 1er août 1943.
Nommé à l’ordre du régiment, il est titulaire de la Croix de guerre 39-45 avec étoile de bronze (ordre général n° 117 de la 7ème armée du 24 juin 1940).