Christopher HUDSON
Association Eysses
  • Informations
    • Nom : HUDSON
    • Prénom(s) : Christopher
  • Etat civil
    • Date de naissance : 01/08/1910
    • Ville de naissance : Turnbridge
    • Pays de naissance : Angleterre
  • Eysses
    • Numéro d'écrou à Eysses : 101
    • Motif de la levée d'écrou : Evadé
    • Date de la levée d'écrou : 03/01/1944

Christopher HUDSON

Par : Fabrice Bourrée

Charles Sydney Hudson est né le 1er août 1910 à Tunbridge Wells (Kent, Angleterre), fils de Theodore Hudson, homme d'affaires, et d'Elisabeth (Ella) Rembold. Les documents français l'enregistrent sous le prénom de Christophe. Il grandit en Suisse, près de Montreux. Chimiste industriel, installé à Lausanne depuis 1935, il est aussi un sportif accompli : membre de l'équipe britannique de ski aux Jeux olympiques d'hiver de 1936, il remporte en 1939 le championnat de golf amateur de Suisse. À la déclaration de guerre, il gagne l'Angleterre et s'engage en mai 1940. Il est nommé officier, puis répond à un appel discret lancé aux volontaires parlant couramment le français. Il rejoint alors la section F du Special Operations Executive (SOE), le service britannique chargé de soutenir la Résistance dans l'Europe occupée.

Dans la nuit du 24 au 25 septembre 1942, sous le nom de guerre de « Marc », il est parachuté dans le Puy-de-Dôme à la tête de la mission « Headmaster ». Il est accompagné de Brian Rafferty (« Dominique »), coorganisateur de la mission, et d'un opérateur radio, « Isidore ». Leur tâche est d'organiser des groupes de résistance dans la région de Clermont-Ferrand. Le parachutage se passe mal : largués trop haut et loin du terrain prévu, les agents perdent un conteneur qui renferme les vêtements de Hudson et les pièces à l'appui de sa fausse identité, au nom de Charles Simon Rodieux. Les trois hommes se séparent. Hudson est hébergé par les frères Maurice et Roger Werther dans leur maison familiale du Crest, à 16 kilomètres de Clermont-Ferrand. Le 8 octobre 1942, il y est arrêté par la police mobile avec les deux frères. Confondu par la découverte du parachute, il se déclare officier britannique.

Incarcéré à la prison militaire de Clermont-Ferrand, où il reste deux mois à l'isolement, puis à la maison d'arrêt de Riom, il est transféré le 23 janvier 1943 à la prison Saint-Paul de Lyon. Le 12 février 1943, le Tribunal d'État de Lyon le condamne pour atteinte à la sûreté extérieure de l'État à cinq ans de travaux forcés, peine qui court jusqu'en octobre 1947. On lui reproche notamment d'avoir survolé le territoire français à bord d'un appareil étranger. Le 24 février 1943, il est écroué à la centrale d'Eysses sous le matricule 101. Il est enfermé dans le bâtiment des condamnés aux travaux forcés, séparé du reste de la détention, où les détenus restent bouclés toute la journée en cellule pour fabriquer chacun un filet à mouches pour le bétail par jour. Il gagne peu à peu la sympathie de plusieurs surveillants. Le régime s'assouplit à la fin de juillet 1943, à l'initiative du directeur Lasalle : le travail cesse et les cellules sont ouvertes dans la journée. En octobre 1943, lorsque la centrale est réservée aux détenus politiques, Hudson est désigné comme délégué des prisonniers. Il peut alors circuler dans la détention, ce qui lui permet de préparer une évasion.

Il la prépare avec Joseph Aron, ingénieur et autre agent du SOE, et avec un ancien chef départemental de Combat. Il en finance la préparation en signant des reçus, sous les noms de « Rodieux » et de « Marc », pour des sommes que des soutiens extérieurs font parvenir à la centrale. Pendant plusieurs semaines, les organisateurs s'assurent aussi le concours de surveillants et la neutralité des gardes mobiles chargés de la garde des politiques. Le 3 janvier 1944, vers 17 h 45, un surveillant acquis au projet conduit cinq détenus du bâtiment principal jusqu'au quartier des travaux forcés. Les deux gardiens de ce bâtiment sont enfermés dans une cellule et endormis au chloroforme par un étudiant en médecine. Pour éviter que les autres détenus du bâtiment ne compromettent l'opération, les organisateurs proposent de partir aux quatre-vingt-six détenus du quartier. Cinquante-quatre d'entre eux franchissent ainsi l'ancienne porte charretière de la centrale, qu'ouvre un autre surveillant complice, sans que les gardes mobiles postés sur les miradors ouvrent le feu. Trente-deux restent en cellule. Le registre d'écrou enregistre l'évasion de Hudson à 18 h 15. Parmi les évadés se trouve Philippe de Vomécourt (« Gauthier »), autre agent de la section F. Le directeur Lasalle, déjà sur le départ, prend la fuite. Le préfet de Lot-et-Garonne et le sous-préfet de Villeneuve-sur-Lot sont révoqués, et le lieutenant commandant les gardes mobiles est relevé.

Les vingt-huit évadés prévus se dispersent dans des fermes des environs de Cancon. Hudson gagne Albi, puis entre en contact avec George Starr (« Hilaire »), chef du réseau Wheelwright, qu'il rencontre vers le 26 janvier près de Miradoux. Grâce à ce réseau, le groupe est conduit à Mazères, puis à Arreau, d'où il franchit les Pyrénées. Hudson gagne Barcelone, puis l'Angleterre, où il arrive le 2 mars 1944. Ses chefs saluent le rôle déterminant qu'il a joué dans l'organisation de l'évasion et son sang-froid pendant la traversée des Pyrénées.

Il demande aussitôt à repartir. Dans la nuit du 8 au 9 avril 1944, il est de nouveau parachuté, près d'Issoudun, sous le nom de guerre d'« Albin », avec pour mission de reconstituer le réseau Headmaster dans la Sarthe. Il travaille d'abord avec Philippe de Vomécourt, chef du réseau Ventriloquist, puis s'implante autour du Mans grâce à Edmond Cohin, d'Amné. Il organise des groupes à Amné et à Téloché et réceptionne plusieurs parachutages d'armes. Il est rejoint par d'autres agents, dont Sonia Butt (« Blanche »), qui devient son adjointe de fait. Après le débarquement, il tente de constituer des maquis dans les forêts de la Charnie et de Bercé et près de Coulans. Le 16 juin 1944, le maquis de la Charnie est attaqué et perd son matériel radio. Hudson renonce alors aux maquis et répartit ses hommes, autour du Mans, en six secteurs formés de petites équipes de cinq ou six hommes. Celles-ci multiplient les coupures de voies ferrées et de lignes téléphoniques et tendent de nombreuses embuscades. Elles détruisent aussi le central téléphonique militaire allemand du Mans. Après la libération de la ville, Hudson se met au service de la 3e armée américaine et conduit douze missions de renseignement en territoire encore occupé. Capturé au cours de l'une d'elles, il parvient à s'échapper.

Commandant (major) dans l'armée britannique, il reçoit le Distinguished Service Order en 1945 et la Croix de guerre. Il s'engage ensuite dans la Force 136, la branche du SOE en Asie du Sud-Est, et est parachuté en mai 1945 dans le nord de la Thaïlande. Après la guerre, il sert au Laos, puis à la Commission de contrôle alliée en Allemagne à partir de 1947. En 1953, il entre au service des ressources humaines de Shell International, qui l'envoie notamment en Israël, au Gabon, à Trinidad et aux États-Unis. De 1969 à 1980, il travaille à la Bank of Scotland. Retiré à North Berwick, en Écosse, il participe à la fondation du Parti social-démocrate en Écosse.

Sydney Hudson est décédé le 7 avril 2005, à l'âge de 94 ans.

Sources

  • Service historique de la Défense - Vincennes : GR 16 P 283208
  • National Archives, Londres : HS9 ; WO 208/3736 et WO 208/5503 (rapports M.I.19 (R.P.S.) 2084 du 23 mars 1944 et 2315 du 1er août 1944)
  • Archives départementales du Lot-et-Garonne : 940 W 113

Bibliographie

Sydney Hudson, Undercover Operator: An SOE Agent's Experiences in France and the Far East, Barnsley, Leo Cooper, 2003
David Harrison, « A Centenarian Solves a Mystery » (article sur Brian Rafferty)
The Times, nécrologie, 8 juin 2005

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