Boris Frenkel voit le jour à Paris le 22 février 1922, dans une famille bourgeoise juive peu pratiquante. Ses parents, Samuel Frenkel et Anna Rivkind, mènent une vie confortable jusqu’au printemps 1940, lorsque l’avancée allemande les pousse sur les routes de l’exode. En mai-juin, ils trouvent refuge à Auch, dans le Gers, occupant un appartement spacieux. Plus tard, devant la 8e Brigade de Police de Sûreté de Toulouse, Boris confiera avoir été profondément marqué par la débâcle, résumant son sentiment en quelques mots : « La France est tombée bien bas ».
À la rentrée 1940, il rejoint le lycée d’Auch en section mathématiques, avant de se tourner vers la philosophie. Il fréquente d’autres jeunes réfugiés, parfois juifs comme lui, et s’engage aux Éclaireurs de France. En juillet 1941, il obtient la seconde partie de son baccalauréat.
À l’automne 1942, il s’installe à Toulouse. Curieux insatiable, il fréquente la bibliothèque municipale, s’intéressant aussi bien aux sciences qu’à l’histoire. Mais la loi sur le Service du Travail Obligatoire le place en situation illégale. Pour plus de sécurité, il change d’adresse début 1943 et s’installe chez une famille dont le fils est étudiant en médecine. C’est alors qu’il choisit la clandestinité : réfractaire au STO, il entre en résistance.
Le milieu étudiant favorise les contacts avec d’autres jeunes refusant la défaite et l’occupation allemande, présente à Toulouse depuis le 11 novembre 1942. Recruté par un certain « Paul », il adhère d’abord aux Jeunesses Communistes clandestines, puis rejoint la 35e Brigade des Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée (FTP-MOI), qu’il juge « plus orientée vers l’action directe ».
Sous le matricule 35005, muni d’une fausse identité au nom de Georges Dumas, il est intégré à un groupe de trois combattants. En mai 1943, il participe à un attentat à la bombe contre un transformateur de la Cartoucherie de Toulouse, puis à la destruction d’une machine sur un chantier allemand. Le 17 juillet, il dépose une bombe place des Carmes devant le domicile du docteur Jean Barthet, dirigeant local du Parti Populaire Français, formation collaborationniste.
Quelques jours plus tard, le 23 juillet, Marcel Langer, commandant militaire de la 35e Brigade FTP-MOI, est guillotiné. Le soir même, Boris se porte volontaire pour venger sa mort en exécutant un soldat allemand. Les autorités françaises promettent une importante prime à quiconque permettrait d’identifier l’auteur de l’attentat.
Le 23 août, sur ordre de Victor Bardach — alias Jan Gerhard, successeur de Langer —, Boris reçoit pour mission d’éliminer Louis Mas, chef du renseignement de la Milice et traqueur acharné des communistes et des Juifs. Deux jours plus tard, il se présente à son domicile, au 32 rue Pharaon, et lui tire dessus à deux reprises. En fuite, il est rattrapé par un policier aidé d’un passant, arrêté et conduit au commissariat central. Soumis à de violents interrogatoires, il ne trahit aucun nom et refuse de révéler son adresse, que la police finit néanmoins par découvrir.
Le 7 septembre 1943, face au juge d’instruction, il reconnaît son appartenance aux FTP-MOI et assume son geste, qu’il justifie par patriotisme. Incarcéré à la prison Saint-Michel, il communique encore avec ses camarades grâce à l’aumônier israélite. Avec Grégoire Filatow et cinq autres détenus, il tente en vain de s’évader. Craignant une récupération par les autorités allemandes, le procureur général presse son jugement.
Le 25 février 1944, la Cour spéciale le condamne à vingt ans de prison. Transféré le lendemain à la centrale d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot, il rejoint des centaines de détenus politiques. Mais une révolte survenue quelques jours plus tôt a échoué, coûtant la vie à douze résistants fusillés. Le 30 mai, Vichy livre environ 1 200 prisonniers aux Allemands. Déporté via Compiègne, Boris est envoyé à Dachau le 18 juin 1944, puis à Mauthausen et enfin à Gusen, où il meurt le 21 mars 1945.