Jean Canale est né le 8 novembre 1919 à Aubagne (Bouches-du-Rhône), fils de Sebastiano Canale et de Narcisa Consoli. Il grandit dans une famille recomposée issue de l’immigration italienne, marquée, selon le témoignage familial, par la tradition garibaldienne et l’attachement aux libertés. Son père meurt en 1926. Sa mère, restée seule avec trois enfants, travaille d’abord à Nice, puis à Marseille, dans le quartier populaire de la Belle-de-Mai. Jean quitte l’école à quatorze ans pour travailler. Les sources le mentionnent successivement comme magasinier, docker et menuisier.
Son frère Pierre, lecteur assidu de la presse ouvrière, contribue à son éveil politique. Jean Canale assiste à la mobilisation antifasciste du 12 février 1934 à Marseille, soutient le Front populaire et participe aux collectes organisées en faveur de l’Espagne républicaine. Il pratique l’athlétisme et fréquente le groupe de loisirs des Enfants du Mistral, dans lequel se retrouvent de jeunes Marseillais hostiles au fascisme et, bientôt, au régime de Vichy et à l’occupation allemande.
Mobilisé le 10 juin 1940 dans l’infanterie, il est démobilisé après l’armistice. Au début de 1941, il rejoint sous le pseudonyme de « Gilbert » un groupe clandestin communiste, bientôt rattaché au Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France. Organisés par groupes de trois, ses membres diffusent des tracts sur les marchés et dans les boîtes aux lettres, tracent des inscriptions à la chaux ou à la peinture, déplacent du matériel d’imprimerie clandestin et recueillent de l’argent ou des denrées pour les militants emprisonnés.
Jean Canale est arrêté à Marseille le 4 juin 1941 par la police française, après l’infiltration de son organisation. D’abord détenu à Marseille, à la prison Chave, il est transféré à Toulon, à la prison maritime puis à la prison Saint-Roch. Le 3 novembre 1941, la section spéciale du tribunal maritime de Toulon le condamne, pour propagande communiste, à cinq ans de travaux forcés et à dix ans d’interdiction de séjour. À Saint-Roch, il participe à la vie collective des détenus politiques ; un journal manuscrit, Le Patriote enchaîné, circule entre les cellules. Gravement malade, il est opéré durant sa détention et se rétablit difficilement.
Le 11 janvier 1944, Jean Canale est transféré à la maison centrale d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot. Écroué sous le numéro 681, il est affecté au préau 3. Il bénéficie du régime politique obtenu par les détenus, qui permet notamment l’organisation de cours, de conférences et d’activités sportives. Il se trouve à Eysses lors de l’insurrection des 19 et 20 février 1944 et de la répression qui suit, marquée par la condamnation à mort et l’exécution de douze résistants le 23 février.
Le 30 mai 1944, avec l’ensemble des détenus politiques d’Eysses, il est remis aux autorités allemandes et transféré au camp de Royallieu, à Compiègne. Il en part le 18 juin 1944 dans un convoi à destination de Dachau, où il arrive le 20 juin et reçoit le matricule 73 196. Après la quarantaine, il est affecté au kommando d’Allach, dépendant de Dachau. À Allach, Jean Canale est d’abord employé comme terrassier, puis affecté à l’usine BMW au montage de moteurs. Ses souvenirs décrivent les appels interminables, la faim, le froid, les violences, les épidémies et les conditions d’hygiène désastreuses. Il rapporte également les gestes de solidarité des anciens d’Eysses, qui mettent en commun une partie de leur soupe et de leur pain pour soutenir les plus faibles. Chargé par ses camarades d’entretenir le moral du groupe, il raconte des anecdotes et des histoires de sa Provence natale. Il participe, selon son témoignage, au ralentissement de la production et à des actes de sabotage discrets dans l’usine. Le kommando d’Allach est libéré par les troupes américaines le 30 avril 1945. Jean Canale ne pèse alors plus que quarante kilogrammes pour 1,75 mètre. Il est rapatrié à la fin du mois de mai 1945. La période retenue ultérieurement pour la reconnaissance de ses droits s’étend du 4 juin 1941 au 19 juin 1944 pour l’internement et du 20 juin 1944 au 29 mai 1945 pour la déportation.
Après la guerre, Jean Canale s’engage durablement dans la défense des anciens internés et déportés. Il aide ses camarades dans leurs démarches, notamment pour l’obtention de leurs pensions. Membre du comité national puis du comité d’honneur de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP), il est secrétaire départemental de l’Association des déportés, internés, résistants et patriotes (ADIRP) et président de la délégation vauclusienne des Amis de la Fondation pour la mémoire de la Déportation (AFMD). Il intervient régulièrement dans les collèges et les lycées pour témoigner de la déportation et des crimes nazis. Titulaire de la carte de Combattant volontaire de la Résistance, Jean Canale obtient le titre de Déporté- Résistant par décision du 20 janvier 1984. Il est chevalier de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite, et titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme.
Il meurt le 28 octobre 2010 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), à l’âge de quatre-vingt-dix ans.