Fernand BLOCH-KRITTER
Service historique de la Défense, Vincennes
  • Informations
    • Nom : BLOCH-KRITTER
    • Prénom(s) : Fernand
  • Etat civil
    • Date de naissance : 07/10/1912
    • Ville de naissance : Guebwiller
    • Département de naissance : Haut-Rhin
    • Pays de naissance : France
    • Profession avant guerre :
      - assistant de clinique
    • Date de décès : 29/07/1992
    • Lieu de décès : Arcachon
  • Résistance
    • Organisation(s) de résistance :
      - "La croisade"
    • Date d'engagement : 1/8/1940
    • Département(s) de résistance : Haute-Garonne
  • Arrestation et condamnation
    • Date d'arrestation : 19/11/1942
    • Lieu d'arrestation : Toulouse
    • Département d'arrestation : Haute-Garonne
    • Juridiction de condamnation : Trinunal de 1ère instance - Toulouse
    • Date de condamnation : 16/06/1943
    • Motif(s) de condamnation :
      - Exercice illégal médecine
      - Usage fausse carte d'identité
    • Peine infligée : Prison
    • Durée de la peine : 18 mois
    • Parcours carcéral :
      - Eysses
  • Eysses
    • Date d'arrivée à Eysses : 20/08/1943
    • Numéro d'écrou à Eysses : 2186
    • Motif de la levée d'écrou : Libéré
    • Date de la levée d'écrou : 19/05/1944
    • Durée de détention : 0 an(s), 8 mois, 29 jour(s)

Fernand BLOCH-KRITTER

Par : Bertrand Merle

Fernand, Arthur, Michel Bloch est né allemand à Guebwiller (Haut-Rhin) le 7 octobre 1912 en Alsace annexée au IIe Reich après le traité de Francfort-sur-le-Main du 10 mai 1871 et mort le 29 juillet 1992 à Arcachon (Gironde). Il est le fils de Jean-Jacques Bloch, garagiste, et de Joséphine née Kritter. Il fait partie de la classe 26, appelé en 1932 (bureau de recrutement de Colmar) puis rappelé le 2 septembre 1939 à la déclaration de la guerre au centre mobilisateur de Gray (Haute-Saône). A cette date, Fernand Bloch habite à Strasbourg où il est considéré comme rentier selon l’annuaire municipal des adresses.

Dans les premiers jours de septembre 1939, les habitants de Strasbourg, ainsi que la population alsacienne vivant le long du Rhin dans une bande de 15 kilomètres de large, sont évacués, principalement vers le Sud-Ouest. Fernand Bloch avait été étudiant à la faculté de médecine, sans toutefois terminer ses études. Démobilisé, il rejoint Toulouse.Après l’armistice de juin 1940, Fernand Bloch ne peut pas rentrer en Alsace, annexée de fait par le III? Reich, où les Juifs sont jugés indésirables, expulsés et, par conséquent, spoliés dès le mois de juillet 1940. Ses parents, comme l’ensemble des familles juives, sont contraints de quitter l’Alsace sans pouvoir emporter quoi que ce soit, ou presque.

La population israélite de Guebwiller, berceau des familles Bloch et Kritter, se réfugie à Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne) en zone occupée. En revanche, Toulouse est située en zone libre. Dès le mois d’août, Fernand Bloch y participe à un noyau de résistance nommé « La Croisade » qui se développe dans les départements de la Haute-Garonne, du Lot-et-Garonne et du Tarn-et-Garonne. Le chef, Georges Loustaunau (orthographié Lousteneau dans le dossier conservé au SHD de Vincennes), surnommé le Pacha, controversé après la Libération, dirige ces noyaux d’opposition depuis Vichy dans l’entourage même de Pétain. Fernand Bloch, marié, doit travailler. Il indique être « assistant de chimie » « ou assistant de clinique », emploi précaire. Dans son dossier de reconnaissance, il indique que « comme alsacien réfractaire, j’étais toujours dans l’illégalité et ne pouvais prendre ni situation, ni places, ni occupations. » Ses activités dans cette première résistance non combattante tournent autour de la confection et la distribution de fausses pièces d’identité à des évadés venus de la zone occupée, à leur hébergement et au stockage d’armes. Il est arrêté à Toulouse à la mi-novembre 1942 « sur dénonciation » et emprisonné le 19. Il est ensuite condamné en août 1943 à 18 mois de prison par le tribunal de 1ère instance de Toulouse qu’il effectue entièrement à Eysses où il est incarcéré le 20 août. Sa fiche d’incarcération précise qu’il est « interdit à vie de l’exercice de la médecine. » Ce document n’indique pas de religion à la rubrique dédiée. A sa libération le 19 mai 1944, il se rend à Agen, retrouve des contacts dans la Résistance notamment Henri Kahn (né en 1892 dans l’actuel Land allemand de Rhénanie-Palatinat -  exécuté le 8 mai 1944), qui le dirige vers le maquis de Cestas où il rejoint un bataillon FFI le 6 juin 1944 à Nérac (Lot-et-Garonne) et prend le pseudonyme de «Toubib » avec le grade de lieutenant et fonction de capitaine à la 1ère compagnie dénommée Bir-Hakheim forte de 300 hommes. Il est aussi officier de sécurité dans cette unité. A cette période, il est marié et père de deux enfants ainsi que l’atteste un document.

La liste des actions répertoriées auxquelles il a participé est longue et se situent du 6 au 23 juin 1944. Citons la destruction d’un pont à Buzet-sur-Baîse, d’un autre pont à Damazan, du câble téléphonique Bordeaux-Marseille, participation à un engagement à Damazan puis à Cap-de-Bosc où ses hommes ont à faire à des SS dans une voiture et quelques heures plus tard à des miliciens. L’ordre est ensuite donné de « revivre en maquis » afin que le groupe soit moins exposé. Les hommes se perfectionnent en « instruction militaire » et effectuent des « harcèlements. » Juillet et août dans le cadre du bataillon de marche néracais, voient un engagement à Ambus où le PC est attaqué par les troupes nazies (8 juillet) ; s’en suivent la destruction d’un tronçon de la voie ferrée Bordeaux-Paris afin de ralentir la remontée des troupes ennemies vers le nord (14 juillet), un engagement au Clapion (17 juillet), participation à la prise de Langon (25 août) puis le 26, du guidage à travers les lignes allemandes d’un groupe de jeunes marins français en formation à Clairac qui rejoignent alors le maquis avant de combattre du côté de La Rochelle. « Nous avons ainsi sauvé des cadets (midshipmens), leur état-major et l’aumonier ». Leur armement est ensuite parachuté, remis à Gabriel Lapeyrusse délégué du MUR pour l’arrondissement et distribué par ses soins. Fernand Bloch effectue ensuite un stage d’un mois dans la 1ère armée (23 novembre – 23 décembre 1944). Certains documents de cette époque orthographient son nom phonétiquement en Block. Il ajoute pour sa part le nom de jeune fille de sa mère sur divers documents dont un engagement pour la durée de la guerre (2 mars 1945) signé Bloch-Kritter. A la fin du conflit et les mois suivants, il occupe différents postes d’encadrement à Castres où il suit une formation à l’issue de laquelle il est déclaré « apte à commander une compagnie ». La lecture du relevé de notes permet de cerner des traits de son caractère tel qu’il se révèle dans un contexte militaire : « A fait preuve au cours du stade de trop de fantaisie. A cependant de grandes qualités. Boute en train, entraîneur d’hommes - ayant du commandement - l’esprit organisateur, serait apte à commander une compagnie s’il voulait se donner la peine de se perfectionner. » Les notes dans les cinq matières enseignées sont de 16 et 17 sur 20.

Il est ensuite nommé à Toulouse, puis pour une durée d’un mois commandant du centre d’organisation et d’instruction de Marmande (6 décembre 1947 – 6 janvier 1948) avant de quitter l’armée. Il a 35 ans. Son père, Jean-Jacques Boch avait été arrêté à Bourbonne lors d’une rafle de Juifs le 27 janvier 1944, interné à Drancy puis déporté à Auschwitz le 27 mars où il décède le 2 avril 1944. Fernand Bloch rappelle que « sept membres de sa famille dont une fillette âgée de six ans » avaient été arrêtés, puis déportés dont sa tante Céline et son oncle Georges. Sa mère, Joséphine, décède en 1964 à Guebwiller.

C’est sous le nom de Fernand Bloch-Kritter qu’il est cité à l’ordre de la division (6 juin 1945), de l’armée (1er avril 1946) avec aussi l’attribution de la croix de guerre avec palmes (1er avril 1946).

Sources

  • Service historique de la Défense - Vincennes : 16 P 64882
  • Archives départementales du Lot-et-Garonne : 940W13
  • Archives de Strasbourg et de l’Eurométropole : annuaire des adresses (1939)

Liens externes

Memorbuch du Haut-Rhin .
AJPN de Haute-Marne.