Né le 9 avril 1896 d’une famille originaire de Saint-Laurent-d’Aigouze, cité de la Camargue gardoise, Pierre Babinot est employé de tramway lorsqu’il est incorporé, le 3 septembre 1917, au 19e régiment d’artillerie, puis successivement au 30e et au 176e régiment, le 25 août 1918. Il épouse, le 8 février 1919, Jeanne Audemard. De cette union naît un fils, Louis, le 15 novembre 1919 à Saint-Laurent-d’Aigouze. Manutentionnaire de profession, Pierre Babinot réside à Nîmes, au 38, rue Bachalas en 1932, puis au 4, rue de Metz en 1936.
Militant du Parti communiste clandestin depuis le 21 décembre 1940, il participe activement à la diffusion de tracts. Il est arrêté le 21 juin 1943 par la police française sur son lieu de travail, à la boulangerie Galibert, rue des Halles à Saint-Laurent-d’Aigouze. Le 12 août 1943, il est condamné à un an de prison et à 100 francs d’amende par la section spéciale de la cour d’appel de Nîmes pour activité communiste.
Incarcéré à la centrale de Nîmes, il y demeure jusqu’au 16 octobre 1943, date à laquelle il est transféré à la centrale d’Eysses (écrou n° 2587). Membre de l’organisation militaire clandestine des patriotes emprisonnés, il participe à l’insurrection des 19 et 20 février 1944.
À cette époque, il rédige un poème intitulé Aurore nouvelle, dans lequel il évoque le climat morose de l’année 1943 et les conséquences de l’occupation allemande : « asservir les peuples, conquérir l’Orient », et l’oppression qui en découle : « le brasier infernal qui au loin flambe ». L’évocation de la bataille de Stalingrad en février 1943 – « vers les steppes, les neiges… un grand peuple s’est dressé criant halte-là ! » – reflète l’espoir suscité par cette première grande défaite allemande, perçue comme un tournant dans la guerre. Le poème se poursuit sur un ton combatif, plaçant tous ses espoirs dans l’année naissante : « saluons l’aurore nouvelle ». À Eysses, il côtoie notamment un camarade gardois, Jean Chauvet, fusillé le 23 février 1944 pour avoir participé à la mutinerie.
Transféré à Compiègne où il arrive le 2 juin 1944, Pierre Babinot est déporté à Dachau le 18 juin 1944, où il reçoit le matricule 73 038. Le 18 août, il est transféré au camp de Mauthausen, où il se voit attribuer un nouveau matricule, 89 055. Il est affecté au Kommando des usines Hermann Göring à Linz (Autriche), où il côtoie deux autres Gardois : Fortuné Louvion, de Sommières, et Ferdinand Bonnefoi (matricule 59 605).
C’est à l’infirmerie du camp de Linz III qu’il décède, le 16 avril 1945, des suites des mauvais traitements subis.
En reconnaissance de ses activités de Résistance, menées sous le pseudonyme de Gilles, il reçoit à titre posthume le grade fictif de sergent, pour services accomplis entre le 21 décembre 1940 et le 16 avril 1945.
Une rue de Saint-Laurent-d’Aigouze porte aujourd’hui son nom.